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Résultats des questionnaires sur l'hyperacousie

Nos fidèles lecteurs savent que nous avions joint à l’envoi de notre revue 54 (décembre 2006), deux questionnaires respectivement nommés Acouphènes et Hyperacousie. Leurs résultats ont été dépouillés puis analysés. Ils nous permettent de mieux vous connaître,vous, membres de l’association ainsi que votre parcours médical, le retentissement de l’acouphène et de l’hyperacousie sur votre vie etc. Nous vous avons présenté dans la revue 62 les principaux résultats concernant la partie acouphènes, vous trouverez ci après la deuxième partie concernant l’hyperacousie.

FA (France Acouphènes) a interrogé Jacques Foënkinos qui fait partie du groupe de travail questionnaires avec Sylviane Chéry Croze, Dominique Dufournet et Pierre Revol. Lisons attentivement les réponses apportées par Jacques Foënkinos qui relate les travaux effectués par le groupe de travail :


FA : Pouvez-vous nous indiquer si ce questionnaire a eu autant de succès que celui sur les acouphènes (767 retours) ?

Jacques Foënkinos : Nous avons eu 248 réponses au questionnaire hyperacousie. L’analyse publiée dans le numéro précédent nous a montré que 41 % des personnes souffrant d’acouphènes sont concernées par l’hyperacousie et ont rempli le questionnaire correspondant, ce qui explique ce retour plus faible. En revanche, dans l’autre sens 90 % des personnes ayant rendu le questionnaire hyperacousie souffrent aussi d’acouphènes.



FA : Peut-on dresser un portrait type de la personne souffrant d’hyperacousie ?

J. F. :Il y a, comme pour le questionnaire précédent, une surreprésentation des retraités, mais 44 % des réponses émanent de personnes qui ont moins de 60 ans, ce qui correspond à un rajeunissement de nos adhérents que nous observons depuis quelques années. Contrairement aux questionnaires sur les acouphènes, les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes (53 % de l’échantillon). Tout comme pour l’acouphène, les populations urbaines (notamment Paris et Lyon) sont très représentées. L’hyperacousie touche de même toutes les catégories socioprofessionnelles. Enfin, on trouve qu’une part importante des personnes affectées par l’hyperacousie a été surexposée au bruit (47,6 %). L’association de l’hyperacousie à la perception d’acouphènes (90 %), rend ces derniers moins supportables dans 58 % des cas. L’hyperacousie aggrave donc le mal être des acouphèniques.



FA : L’hyperacousie étant un symptôme, est-ce que les questionnaires apportent des réponses sur son origine ?

J. F. : C’est une approche difficile, il s’agit de ce que répondent les personnes interrogées et non d’un diagnostic. Soixante cinq pour cent des personnes qui ont répondu ont cependant une idée de l’origine ou des origines (plusieurs réponses étaient possibles) de leur hyperacousie. La surexposition au bruit est un facteur important. Quarante sept pour cent des personnes ont été surexposées au bruit ou ont subi un traumatisme sonore. Le tableau ci dessous indique les origines telles que déclarées par les personnes qui ont répondu à la question « Avez-vous une idée de l’origine de votre intolérance ? » Des choix multiples étaient possibles, d’où un total supérieur à 100 %.

 

 

FA : Est-ce que l’hyperacousie change la vie au quotidien?

J. F: Oui malheureusement. La gêne est beaucoup plus marquée que pour les acouphènes seuls car nous l’avons déjà vu, 58 % supporte mal l’association des deux symptômes et les conséquences sont les suivantes :

 

Bien évidemment, la vie au quotidien se trouve gravement affectée, jugez plutôt : 



FA : Comment le corps médical répond-il à cette souffrance?

J. F. :De manière pas toujours adaptée : 78,4 % des personnes ne sont pas satisfaites du premier contact médical et 6,4 % seulement reconnaissent une amélioration de leur vie quotidienne après ce premier contact. Contrairement aux acouphéniques qui vont massivement consulter à nouveau, ils ne sont que 28,8 % à le faire, ce qui montre que ces personnes se replient sur elles-mêmes et souffrent en silence.


FA : Qui vont-ils voir, quand ils consultent à nouveau ?

J. F. :Le tableau ci-après donne de précieuses indications :

 

Comme pour les acouphéniques, ces données nous confortent dans notre stratégie de favoriser les consultations pluridisciplinaires afin d'orienter correctement ces personnes et d'assurer un suivi.



FA : Qu’en est-il des examens médicaux ?

J. F. : Il y a très peu d’examens spécifiques subis par cette population : le test du seuil d’inconfort a été effectué chez seulement 21,2 % des personnes interrogées et le seuil du réflexe stapédien chez seulement 9,6 %. Il s’agit donc d’un symptôme très peu exploré par les praticiens qui semblent s’en tenir aux dires des patients plus que de chercher à objectiver le symptôme.



FA : Quels types de traitement propose le corps médical ?

J. F. : Pour le moment, il n’y a rien de miraculeux et, comme pour les acouphènes, bien souvent les médecins proposent des anxiolytiques ou des antidépresseurs de manière à faciliter l’adaptation à ce changement de vie non voulu.




FA : Y a-t-il des tentatives utilisant les médecines alternatives ?

J. F. : Cette population n’utilise pas de manière importante les médecines alternatives car seulement 5,20 % déclarent le faire, ce qui est encore une indication de résignation et de repli sur soi. France Acouphènes va mener une action de communication pour les aider car, suivant les personnes, et en particulier quand le symptôme est expliqué rapidement après son apparition, la simple information et la médecine alternative peut avoir des résultats intéressants.




FA : Quid des appareils auditifs (contours d’oreilles ou intra), est-ce vraiment une aide ?

J. F. : Je ferai la même remarque que pour les personnes souffrant d’acouphènes : trop peu de personnes (4,8 %) vont consulter un audioprothésiste pour faire des tests et faire un essai gratuit avec des appareils qui pourraient les soulager.

 

 

 

FA : Qu'en est-il des traitements proposés, aussi bien médicamenteux que médecines naturelles ? Sont-ils efficaces ou permettent-ils de faciliter l'acceptation?

J. F. : Ils sont moins efficaces pour les personnes souffrant d'hyperacousie car ce handicap, associé à l'acouphène dans 90% des cas, est un facteur aggravant et une grande majorité (58%) supporte mal l'association des deux symptômes, si bien que 15,2% des personnes interrogées se font aider par un psychothérapeute.



FA : Quelles conclusions tirez-vous de ces questionnaires?

J. F. : D’abord, je remercie à nouveau toutes les personnes qui ont bien voulu prendre le temps de répondre à ces questionnaires pour nous apporter une mine d’informations. Ensuite, je crois qu’il faut dire et redire à toutes les personnes qui souffrent, de ne pas rester seules, de contacter l’association, de s’informer sur les thérapies qui évoluent et les traitements qui s’améliorent, en bref de ne pas se replier sur eux-mêmes.

France Acouphènes a un grand rôle à jouer dans cette œuvre de communication et, comme nous l’avons fait pour les personnes souffrant du neurinome de l’acoustique, nous avons en projet la réalisation de congrès destinés aux patients affectés par chacun des symptômes ou syndromes (acouphènes, hyperacousie et maladie de Menière) couverts par notre association. .



FA :Merci à Jacques Foënkinos et à toute l’équipe qui a contribué à ce travail. 

 

Mars 2008 -63