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L’hypnose : une thérapie positive pour l’acouphène

À l’occasion de l’assemblée générale du 14 avril 2012 à Rennes, le Docteur Patrick Ciavaldini, médecin hypnothérapeute à Rennes, a présenté une conférence sur
l’hypnose. Au cours d’un entretien, nous lui avons demandé de nous redire comment le recours à cette thérapie peut être bénéfique pour la personne souffrant d’acouphènes.

 


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Il nous explique sa démarche, précisant d’emblée que son but est d’apprendre à la personne à faire de l’autohypnose en la guidant dans un travail personnel s’étalant sur plusieurs mois. La finalité est d’augmenter sa tolérance à un point tel que
l’acouphène ne devient plus du tout gênant dans le quotidien.
Propos recueillis et mis en forme par Ange Bidan

 

Comment peut-on définir l’hypnose ?

Contrairement à une définition mathématique qui est toujours identique quel qu’en soit l’auteur, celle de l’hypnose est plus difficile à préciser, tant elle varie dans les écrits.
Celle retenue décrit l’hypnose comme un état de conscience modifiée dans le sens d’une hypervigilance mentale. Les termes « conscience modifiée » sont appropriés dans la mesure où ce n’est pas un état de conscience ordinaire et
modifiée dans le sens de l’hypervigilance mentale.
C’est l’inverse de ce que les gens croient ordinairement; l’hypnose est un état d’hyper-éveil et pas du tout un état de demi-somnolence.

 

 

Qu’est-ce qui fait la particularité de l’hypnose ?

Dans cet état de conscience élargie, il se trouve que nous avons, en chacun de nous, des capacités très importantes d’aller changer des fonctionnements du corps et du psychisme. C’est cette capacité qui est utilisée par le thérapeute et la personne en hypnose.
Même si nous ne savons pas comment cela fonctionne, ni ce qui se passe dans le cerveau au cours de l’hypnose, nous connaissons l’impact et le résultat que nous pouvons en tirer. L’hypnose n’est jamais qu’un sous-ensemble des modes de fonctionnement du cerveau.


Autrement dit, nous ne savons pas comment fonctionne le cerveau en général, tout comme nous ne savons pas comment il fonctionne en état d’hypnose, donc nous ne sommes pas plus ignorants que dans les autres cas. L’hypnose n’a rien à voir avec l’ésotérisme, c’est plutôt rationnel puisque c’est reproductible.
Avec l’imagerie médicale, il est certes possible d’observer les zones qui travaillent sans savoir ce qui se passe exactement. Le fait objectif est que l’hypnose modifie les modes de fonctionnement du cerveau. Aussi, il est possible d’observer qu’un mode de fonctionnement repéré à un moment T1 a été modifié à un moment T2 après utilisation de l’hypnose.


Quant au bout de 6 à 9 mois, l’acouphène n’est plus aussi gênant, voire a disparu, avec l’hypnose rien n’a été enlevé, c’est donc bien le cerveau qui a changé son
mode de fonctionnement. « C’est le cerveau qui fabrique l’acouphène, c’est lui qui va arrêter de le fabriquer ».

Quel est le rôle du thérapeute ?

Le rôle du thérapeute est d’apprendre à la personne, avec son accord, à entrer en hypnose en la guidant dans un travail auto-hypnotique qu’elle aura à faire seule par la suite. C’est la répétition quotidienne d’auto-hypnose, par exemple sur 1/4 d’heure, qui va renforcer l’impact sur le cerveau et par conséquent en modifier son fonctionnement. Ceci a été prouvé en particulier par la méditation bouddhique, et il n’y a pas beaucoup de différence entre un état de méditation et un état d’hypnose.
Ainsi l’électroencéphalogramme (EEG) des moines bouddhistes qui pratiquent la méditation 5 à 6 heures par jour est différent, de même il a été observé des modifications sur l’électroencéphalogramme chez des personnes pratiquant la méditation quotidienne.

Quels sont les signes d’un état hypnotique ?

L’état hypnotique se repère à la suite de la mise en place d’une séance test qui consiste à observer la manière dont la personne entre en hypnose. Il lui est alors proposé de faire une lévitation de la main en imaginant que cette main est levée par des ballons gonflés à l’hélium par exemple.
Cette lévitation a pour buts :


flrouged’une part de permettre à la personne de sentir qu’il se passe quelque chose dans son corps qu’elle ne soupçonnait pas comme possible, et ce, rien que par la pensée, sans mouvement volontaire de sa part ;
flrouged’autre part, cette lévitation servira à la personne pour valider son état d’autohypnose.

Les signes de cet état se repèrent sur le fait que :
flrougela main se lève seule sans appui matériel ;
flrougedes mouvements oculaires particuliers témoignent du travail important du cerveau ;
parfois des mouvements ou soubresauts musculaires.

En état d’hypnose, la personne est en état de pleine conscience, à la fois centrée sur sa vie intérieure et entendant le bruit de l’environnement. « Elle entend une mouche voler et le bruit de la rue ».
En réalité, l’hypnose est plus un état d’autohypnose, car contrairement aux craintes, en état d’hypnose la personne n’est sous la contrainte de personne d’autre, elle est sous sa propre dépendance, même si le déclic a été favorisé par une tierce personne. C’est un état instable, labile, qu’il est plus facile de quitter que d’y rester. C’est comme lorsqu’on est sur un fil : il est plus facile d’en descendre que d’y rester.

Pour quelles raisons recourir à l’hypnose ?

Une des raisons de recourir à l’hypnose est de parvenir à pratiquer l’autohypnose et d’en retirer les effets bénéfiques, d’autant qu’il s’agit d’un moyen à la fois disponible et inépuisable. D’un point de vue éthique, il est souhaitable que les gens abandonnent ce réflexe installé depuis longtemps, à savoir qu’ils ne peuvent rien par et pour eux-mêmes et que seul le recours au corps médical peut les soigner. Or, le soin et la prise en charge peuvent passer par une mobilisation de la capacité d’auto-guérison et pas nécessairement par une prescription médicamenteuse.


D’ailleurs dans la prescription médicamenteuse, le côté placebo est connu. Même quand il est efficace, le médicament a toujours des effets toxiques et des effets dits secondaires, ce qui n’est pas le cas en l’absence de molécule chimique.
Aussi est-il opportun de mobiliser la croyance dans sa propre capacité à se soigner, voire à guérir, et ce d’autant qu’il n’y a pas d’effet secondaire. Ainsi dans le cas de l’acouphène, jusqu’ici aucun médicament n’a donné de résultat sérieux, hormis l’effet placebo. Le recours à l’hypnose s’avère être probant dans de nombreuses situations. En effet, la personne qui a recours à l’hypnose peut, petit à petit, modifier sa croyance pour se convaincre qu’elle a des capacités ; ainsi lorsqu’elle a constaté que ses mains se lèvent en imaginant que les ballons existent, c’est là un choc psychologique positif de premier ordre qui fait qu’on est obligé d’y croire.


Le fondement essentiel du recours à l’hypnose repose sur la préoccupation de réveiller chez la personne ses capacités réelles et très importantes à l’auto-guérison.
Or, depuis longtemps, les gens ne croient plus à leurs capacités, faisant comme si le spécialiste, seul, peut les guérir : « Docteur, il faut me guérir ». Aujourd’hui l’hypnose rentre dans les blocs opératoires pour des interventions en ORL par exemple, ou pour des interventions de chirurgie plastique qui peuvent durer plus de 5 heures, les suites opératoires sont plus simples, la cicatrisation serait de plus améliorée. De même, elle est utilisée à l’occasion de soins aux brûlés, auprès d’enfants ayant des traitements lourds ou lors d’examens endoscopiques comme la coloscopie.

Le recours à l’hypnose permet-il de déprogrammer un processus ?

Ou de diminuer la signification négative induite par l’acouphène ?
C’est toujours de cette façon que le problème ou la difficulté est résolue, qu’elle qu’en soit l’origine.
Dans le cas particulier de l’acouphène, hormis des lésions évidentes de l’appareil auditif (traumatisme sonore, infection…) le plus souvent l’acouphène est une manifestation psychosomatique, comme pourraient l’être des maux de tête, du psoriasis, de l’eczéma, une colopathie fonctionnelle. Pour le cerveau, c’est une façon d’exprimer une souffrance qui va devenir un élément avec l’apparence d’une réalité.
Pour le patient acouphénique, le bruit est réel, envahissant ; c’est le cerveau qui crée ce bruit virtuel.
Dans un premier temps, le travail consiste à évacuer un tas de choses repérées ou non dans l’histoire de la personne pour en quelque sorte enlever les racines de cette manifestation psychosomatique. Ce travail s’effectue à la fois de façon consciente et inconsciente.

Pourtant ce premier travail ne suffit pas pour supprimer la boucle qui entretient l’acouphène, même si laracine a été enlevée, il est nécessaire de travailler sur
l’acouphène pour éviter qu’il ne reprenne de l’importance.
Ce deuxième travail consiste à l’aide d’histoires, de métaphores, de répétitions à casser ce phénomène de boucle. C’est un travail personnel, en fonction de la
personne, de son histoire, de son vécu, de ses goûts et passions, de son milieu culturel.
Ces remarques soulignent donc que le thérapeute se sert de la personne
Le thérapeute est à la fois médiateur et professeur :
flrougeMédiateur : dans la mesure où il renvoie sous une autre forme ce que lui a dit la personne pour lui permettre de modifier les modes de fonctionnement de son cerveau.
flrougeProfesseur : dans la mesure où il lui apprend à entrer en autohypnose seul, puis à le guider dans un travail où le patient aura à interpréter des choses qu’il aura lui-même évoquées.

Quels sont les « outils » nécessaires au thérapeute ?

Le thérapeute a essentiellement besoin de 2 outils. Il a d’abord besoin de connaître le patient, en parcourant son histoire à grandes enjambées.
Ensuite la confiance est l’élément indispensable, car s’il n’y a pas de confiance, il ne peut y avoir d’hypnose. La confiance ne se décrète pas. Le travail du thérapeute est de créer du lien avec le patient, mais cet élément est valable dans toute forme de thérapie, car s’il n’y a pas de confiance mutuelle aucun travail sérieux ne peut avoir lieu. L’expérience du métier peut ici jouer.

La personne qui a des acouphènes présente-t-elle clairement sa demande ?

La personne sait depuis combien de temps elle en souffre, ce qu’elle a enduré, ce qu’elle a déjà fait pour lutter contre ; elle connaît les résultats, de sorte qu’elle arrive souvent pleine d’espoir à cette thérapie, avec ces mots « Vous êtes ma dernière chance ! ». Or la réponse est la suivante : « Ce n’est pas moi thérapeute qui vais vous soigner, mais vous. Je vais vous aider et vous accompagner ». Si le lien thérapeutique ne s’établit pas, il pourra l’être avec un autre thérapeute.

En pratique, quelle est la démarche, la technique mise en oeuvre et les moyens utilisés ?

Chaque thérapeute adapte les techniques apprises à sa personnalité d’autant qu’il s’agit de la mise en oeuvre d’une démarche très personnelle. L’intuition, la réceptivité du thérapeute et l’interactivité entre le thérapeute et le patient sont des facteurs primordiaux ; le choix de la manière et de l’approche en dépend.
Si d’une façon générale, les personnes sont capables de dire leurs besoins, elles se sous-estiment toujours, n’imaginant pas qu’elles peuvent résoudre leurs diffi cultés.
La démarche s’articule autour de quelques phases importantes. Lors du premier rendez-vous, le patient apporte sa doléance, en retour des informations sur l’hypnose sont fournies en précisant que c’est le patient qui va se soigner avec l’aide du thérapeute. Ensuite est organisée une séance-test pour observer comment la personne entre en hypnose. Un questionnaire est bâti sur la narration de sa vie à grandes enjambées en repérant des détails qui ont trait surtout à l’affectif, détails qui seront utilisés en thérapie.
Enfin est soulignée la nécessité de répéter le travail personnel dans la durée. « Je peux vous apprendre à régler votre problème, mais il n’est pas possible que vous puissiez le régler en un mois ».

Les individus rentrent-ils facilement en hypnose ?

Selon des études nord-américaines, on estime que 85 à 90 % des personnes entrent facilement en hypnose. Dans la réalité d’un cabinet, c’est de l’ordre de 98 à 99 % dans la mesure où les personnes n’ont pas d’a priori négatif et qu’elles sont en situation de demande d’une prise en charge. Lorsqu’il y a une difficulté, une deuxième séance peut éventuellement être proposée mais le plus souvent la personne est invitée à s’adresser à un autre confrère.

Quels sont les critères de l’efficacité du recours à l’hypnose ?

Le premier critère est la disparition du symptôme. C’est de l’ordre de la subjectivité et le patient peut seul le dire « C’est mieux ou c’est pas mieux ».
Or, avant que les acouphènes ne s’atténuent, le patient passe souvent par une étape transitoire repérée par ces mots « Je me sens beaucoup mieux, mais j’entends toujours mes acouphènes ». Après cette étape en suit une autre au cours de laquelle on note une amélioration générale qui permet alors de mieux tolérer les acouphènes et de ne plus en être gêné. Ce qui est un bon résultat !

Le thérapeute insiste-t-il sur l’auto-valorisation de la personne ?

Il est important pour la personne de s’apercevoir qu’elle peut, par sa concentration mentale et par la répétition de mises en situation, réussir là où des mois de traitement et/ou d’approches diverses ont échoué. La personne se sent mieux, elle a repris de la valeur vis-à-vis d’elle même et de la confiance en elle. Il est juste pour le thérapeute de lui souligner ce résultat pour le renforcer.

Existe-t-il des situations de résistance ?

Si, pour des raisons personnelles, pour des croyances religieuses en particulier, la personne ne veut pas aller en hypnose, il n’y a pas de raison de s’entêter pour l’y obliger, comme si le thérapeute disposait d’un pouvoir. Non seulement ce n’est pas respecter la personne, mais c’est vouer la démarche à l’échec à court et moyen terme.

Conclusion

En état d’hypnose, la personne est entièrement maîtresse d’elle-même. L’état d’élargissement de la conscience qui caractérise l’hypnose permet de stimuler les capacités d’auto-guérison dans n’importe quel domaine.
Le vrai travail du thérapeute est précisément de permettre au patient de s’en rendre compte et d’activer ses capacités.
Non seulement cette thérapie va aider à résoudre le problème, mais chemin faisant, la personne reprendra confiance en elle, ce qui va changer à la fois son rapport à elle-même et son rapport au monde.
La pratique de l’autohypnose est un moyen inépuisable, utilisable à volonté parce qu’il n’y a pas d’âge pour la pratiquer.

Tinnitussimo 77 - 3ème trimestre 2012