LETTRE OUVERTE A LA CHAÎNE FRANCO-ALLEMANDE DE TÉLÉVISION ARTE

Prévention des traumatismes acoustiques

Cette lettre ouverte au sujet de l’émission " La Love Parade de Berlin " diffusée le mercredi 25 juillet 2001 est une initiative conjointe des associations :

FRANCE ACOUPHÈNES et DEUTSCHE TINNITUS-LIGA

 

ARTE, service téléspectateurs
2A rue de la Fonderie
67080 STRASBOURG CEDEX

Madame, Monsieur,

Comme beaucoup d'Allemands et de Français, nous apprécions la dimension culturelle de votre chaîne et son souci d'informer avec rigueur et objectivité.

Aussi nous avons été particulièrement déçus par votre émission " La Love Parade de Berlin ", diffusée le mercredi 25 juillet dernier.

En effet, si pendant cette émission vous avez clairement souligné un certain nombre de problèmes générés par cette manifestation (en particulier l'affligeante mise à sac du Tiergarten de Berlin, ainsi que les problèmes afférents au trafic et à la consommation de substances psvchotropes et de boissons alcoolisées), pas un mot en revanche sur des dégâts causés à l'audition des centaines de milliers de participants. Or, toutes les études le montrent, les pathologies de l'audition liées à l'écoute de la musique amplifiée constituent un fléau redoutable et sont en passe de devenir un problème majeur de santé publique dans chacun de nos deux pays, ainsi d'ailleurs que dans tous les pays industrialisés.

Permettez-nous de vous rappeler un certain nombre de faits :

  • Les problèmes de l'audition concernent près de 10% de la population. Contrairement à une opinion tenace, ils ne sont pas l'apanage des " seniors " puisque 40% des malentendants ont moins de 55 ans. La presbyacousie (baisse d’acuité auditive due à l’âge) concerne dorénavant des personnes de plus en plus jeunes. De 85 à 105 dB, une exposition prolongée et régulière au bruit provoque des atteintes sérieuses de la cochlée. Au-dessus de 120dB, la destruction de cellules ciliées peut être massive et les dégâts sur l'audition sont alors irréparables. Le caractère pathogénique de certains loisirs (baladeurs, discothèques, rave parties, " parades " diverses et variées…) sur l’audition est donc manifeste.
  • Mais la baisse d'acuité auditive n'est pas la seule atteinte dont peut souffrir une personne qui s’expose de manière répétitive au bruit intense. Les acouphènes et l'hyperacousie sont aussi des conséquences redoutables de telles pratiques " culturelles ". Les acouphènes sont des sifflements ou des bourdonnements entendus en permanence par la personne, en dehors de tout stimulus externe. Ils peuvent aller de la gêne légère à l'entrave profonde de toute vie psychosociale. Au bout du voyage de l'acouphène, il y a hélas trop souvent la perte du lien social, voire le suicide. Quant à l'hyperacousie (intolérance aux bruits, même banals). il accompagne généralement l'acouphène et constitue un facteur dépressif aggravant. Au dessus de 100 dB, le port de bouchons auditifs ne modère en rien les risques de lésions. Signalons également la conduction solidienne du bruit (par les os du squelette, et donc du crâne) contre laquelle les filtres auditifs sont totalement inefficaces.
  • En France, environ 10% de la population souffrent plus ou moins gravement d'acouphènes ; pour 1,6 million de nos concitoyens, l'acouphène est une gène sérieuse ; pour 300.000, il s'agit d'un handicap majeur. Sur les 200.000 nouveaux cas annuels d'acouphènes, 130.000 sont la conséquence d'un traumatisme acoustique et concernent en grande majorité des adolescents et jeunes adultes.

Nous sommes convaincus de votre désir de présenter à votre public une information complète et responsable et sommes donc certains que vous aurez à cœur de le sensibiliser sur le sujet des risques auditifs liés à l'écoute de la musique amplifiée.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de notre considération distinguée.

Pour le Bureau Directeur de France Acouphènes,
Henri DUBOST, vice-président.

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Nos amis allemands de la Deutsche Tinnitus Liga ont de leur côté envoyé à ARTE une lettre similaire pour déplorer que l'émission mentionnée n'ait à aucun moment fait état des dangers auxquels l'écoute de la musique amplifiée soumet les oreilles de toute une génération...


Lettre publiée dans La Revue de France Acouphène n° 35, janvier 2002