| Présentation
du conférencier par Sylviane Chéry Croze : Le Pr. Jean-Luc
PUEL dirige léquipe « Oreille
Interne » de lInserm
583 de Montpellier. Il est
professeur à luniversité Montpellier 1 et
directeur de lécole daudioprothèse
de Montpellier.
Le Pr. Puel a eu
les honneurs de la presse au cours de
lannée qui vient de sécouler, au
sujet du modèle animal de lacouphène que
son équipe vient de mettre au point. Ce modèle
constitue un préliminaire indispensable à
létude de molécules agissant sur
lacouphène chez lhomme (voir
LRFA n° 37, juillet 2002). LInserm 583
a déjà expérimenté un certain nombre de ces
molécules sur lanimal.
Le Pr Puel est membre du Comité
scientifique de France Acouphènes. Sylviane
Chéry-Croze remercie le Pr Puel davoir
fait le déplacement jusquà Toulouse pour
cette conférence.
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***
| 1 |
«Je voudrais remercier
lassociation France Acouphènes qui me
donne lopportunité de vous faire part des
avancées qui existent au niveau des acouphènes
et des surdités. Vous verrez que la recherche
avance et que cette recherche a vraiment besoin
de tous les acteurs de ce mal :
acouphéniques, médecins, industriels et
pouvoirs publics.
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| 2 |
Le Pr. Puel a appuyé son
exposé sur une animation. Si nos lecteurs ont la
possibilité de se connecter à lInternet,
nous les renvoyons aux nombreux sites qui
traitent des problèmes daudition en
particulier le site Promenade sur la cochlée
dont ladresse figure dans les liens de
notre site.
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| 3 |
Je voudrais dabord vous
présenter la manière dont loreille capte
les sons, comment elle les envoie au système
nerveux central - au cerveau ce cerveau
qui permet la compréhension du son. Le son
rentre dans loreille, est transformé en un
«message» - en fait une impulsion électrique
que le cerveau va pouvoir décoder. Pour
réaliser cette tâche, je vais donc dabord
vous dire deux mots de cette oreille - sans trop
rentrer dans les détails.
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| 4 |
On dit
«loreille»
En fait, on a au moins
trois «oreilles» : dune part
loreille externe, le pavillon, ce
quon voit à lextérieur du corps,
puis le conduit auditif, avec au bout, le tympan
qui est une petite membrane qui vibre quand le
son arrive. Et puis, loreille moyenne, avec
ses osselets : les plus petits os du corps
humain, une pure beauté du point de vue la
miniaturisation. Quand le tympan vibre, ces
petits os vont se mettre en mouvement et vont
transmettre cette vibration - comme un piston -
à loreille interne, et cest
loreille interne qui va décoder le message
et lenvoyer sous forme dun signal
électrique au système nerveux central.
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| 5 |
Cette oreille interne, elle est plus
complexe quil ny paraît. En fait, on
a deux «oreilles internes» : on a une
oreille interne « auditive »,
cest elle qui envoie linformation
sonore au système nerveux central. On
lappelle la cochlée (cochlea =
petit escargot en latin). Cette cochlée est
située au milieu du rocher et elle sert à
décoder le son. Et puis juste derrière, on a
une structure quon appelle le
vestibule : cest lorgane de
léquilibre, cest lui qui nous
renseigne sur la position de notre tête dans
lespace. Ainsi, les problèmes au niveau de
loreille interne peuvent se traduire par
trois symptômes : surdité, vertiges,
acouphènes.
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| 6 |
Une oreille qui ne fonctionne pas
est une oreille qui nenvoie plus de sons au
système nerveux central cest la
surdité et/ou qui envoie des messages
(des impulsions électriques) au système nerveux
central alors quil ny a pas de son
dans lenvironnement ce sont les
acouphènes. Cest le même problème avec
le vestibule : vous pouvez avoir des
vertiges parce que le vestibule nenvoie
plus de message au système nerveux central ou
envoie des messages erronés. Retenez donc
quun dysfonctionnement de loreille
peut se manifester par : surdité,
acouphènes, vertiges.
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| 7 |
Pour vous montrer la beauté de cet
organe, voici une oreille interne de rat -
cest pratiquement la même chose chez
lhomme. Cest une spirale : on a
retiré la coquille autour de lescargot. Si
on regarde à la surface de cette spirale, on
voit une membrane qui la recouvre :
cest la membrane tectoriale. Si on soulève
cette membrane, on voit apparaître de petits
poils, des petits cils. Ce sont les cils des
cellules sensorielles :quand les cils
bougent, les cellules sont excitées et envoient
un message au cerveau. Retirer maintenant
complètement cette membrane, et vous avez alors
la surface de lorgane sensoriel, que
lon appelle aussi organe de Corti. Vous
voyez quil y a vraiment deux types de
cellules ciliées très différents: les Cellules
Ciliées Internes (CCI), rangées linéairement
sur le bord interne de la spirale, vers le
centre, et 3 rangées de Cellules Ciliées
Externes (CCE), connaissables par leurs cils en
«V», et qui se trouvent sur le bord externe de
la spirale.
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| 8 |
Je voudrais dabord insister
sur le nombre de ces cellules ciliées. Dans
chaque oreille, le nombre de cellules ciliées
est denviron 3500 CCI et 12500 CCE, soit au
total 16000 cellules ciliées. Cest
ridiculement faible ! Quand vous pensez que
dans un il, vous avez des millions de
photorécepteurs ! Dans loreille vous
navez que quelques milliers de
récepteurs ! Ce sont des cellules
extrêmement fragiles, ce qui fait que quand vous
avez subi une explosion comme celle de
lusine AZF ici à Toulouse, ou quand vous
« matraquez » vos oreilles en boîte
de nuit, ou que vous portez un baladeur pendant
des heures, et que sais-je encore, ces cellules
ciliées vont disparaître. Le problème est
quelles ne se renouvellent pas,
contrairement par exemple aux récepteurs de
lodorat Dans le nez, il y en a des
millions, et si vous les perdez, ils se
renouvellent. Dans loreille, non !
Quand vous détruisez les cellules ciliées,
elles sont perdues à jamais, elles ne seront
jamais, jamais, jamais remplacées ! Et
elles sont extrêmement fragiles et ne se
remplacent pas. Voilà un message que je voulais
faire passer !
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Nous voudrions remercier le Pr
Puel pour ce message de prévention extrêmement
fort ! Au risque de nous lasser, répétons
que parmi les 200.000 nouveaux
cas dacouphènes dans notre pays, 130.000
sont dus à des traumatismes acoustiques et concernent
essentiellement des jeunes (concerts de musique
amplifiée, discothèques, rave parties,
baladeurs). Il ny a à lheure
actuelle aucun traitement curatif de
lacouphène et de lhyperacousie. Les
seules thérapies (thérapie cognitive et
comportementale, sophrologie, TRT) sont en fait
des épithérapies : elles tentent non
de supprimer le symptôme, mais de développer un
processus dhabituation qui permette à la
personne de supporter son mal. Cest dire
clairement que la prévention des comportements
à risque est, et pour de longues années encore,
la seule parade à lextension de ces
fléaux dans nos sociétés occidentales,
« malades du bruit ».
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| 10 |
Maintenant, je voudrais continuer à
vous montrer la beauté de cette oreille , cette
oreille « si belle et si
fragile »
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On va
casser cette spirale en deux : vous voyez
toujours les trois rangs de CCE, la rangée de
CCI, puis on va faire une coupe : une
tranche. Voici ce qui apparaît - cest une
image classique que vous pouvez voir dans tous
les livres danatomie - cest une coupe
de lorgane de Corti. On voit encore nos
trois rangs de CCE et notre rangées de CCI avec
des petits cils au sommets, et puis vous voyez la
membrane qui recouvrait le tout cest
la membrane tectoriale Sous les CCI, vous
voyez aussi les fibres du nerf auditif qui vont
envoyer le message auditif au cerveau.
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Alors
comment ça marche ? Je voudrais vous
montrer un peu la sophistication du système. Les
CCE sont une sorte damplificateur
mécanique : quand elles reçoivent un son,
elles vont se contracter, et amplifier la
vibration à lintérieur de loreille.
Ces contractions permettent daugmenter la
sensibilité de loreille interne, et la
discrimination en fréquence. Cette vibration est
ensuite transmise aux CCI qui vont envoyer le
message au système nerveux central.
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Pour
illustrer de manière dynamique ce phénomène,
je vous ai apporté une animation qui a été
réalisée par Rémy Pujol. Le CD dont elle est
extraite sappelle «Loreille
cassée». Il est à visée pédagogique :
cest un outil de prévention en direction
des lycées et collèges, contre le bruit et les
conduites à risques.
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| 14 |
Le son qui
arrive entraîne un mouvement de la membrane
tectoriale et un cisaillement des petits cils
dans laquelle ils sont ancrés. Quand ces
cellules ciliées sont excitées, elles se
contractent, comme le montre lanimation, et
cette vibration est transmise aux CCI qui à leur
tour vont être excitées. Puis ce message va
être envoyé vers le système nerveux central.
Je ne vais pas vous embêter plus longtemps avec
la physiologie de loreille, mais je tenais
à vous montrer lextrêmement
sophistication de cet organe à la fois
mécanique et nerveux.
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Maintenant
que vous voyez à peu près comment une oreille
fonctionne, on va passer à la pathologie.
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Jai
choisi de vous présenter lexemple de la
presbyacousie : cest le vieillissement
de loreille, léquivalent auditif de
la presbytie pour lil. La
presbyacousie guette tout un chacun, tous ceux
qui ont déjà des problèmes auditifs, mais
aussi ceux qui nen ont pas encore, et qui
en auront demain
Je crois que ça aussi, il
faut bien lavoir en tête ! Les
pouvoirs publics doivent en être
conscients : avec une population
vieillissante les problèmes auditifs vont
prendre de plus en plus dimportance. Pour
cette raison, jai choisi lexemple de
la presbyacousie pour illustrer mon propos.
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Une
oreille qui vieillit, cest quoi ?
Cest une oreille qui commence par perdre
ses cellules ciliées. Quand on perd quelques
cellules ciliées, on commence à perdre un peu
daudition. 20db, 20%, cest pas
grand-chose
Souvent on ne sen
aperçoit pas. Cest votre conjoint qui
sen aperçoit et qui vous dit : «Mais
quest-ce qui tarrive ? Pourquoi
montes-tu le son de la télévision ?»
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| 18 |
Quand on
perd une grande partie des CCE, les choses
saggravent. Vous avez alors une perte de 60
dB, et les problèmes daudition deviennent
invalidants. Dès quon se trouve dans une
atmosphère bruyante, on ne comprend plus ce qui
est dit. Vous navez plus ces petites
cellules ciliées qui font de la discrimination
en fréquence et vous comprenez moins bien.
Malheureusement, la prothèse auditive, même la
plus sophistiquée , ne restitue pas
lintelligibilité !
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En
vieillissant, on perd des cellules ciliées, mais
aussi des neurones, cest-à-dire le
«câblage», les fibres du nerf auditif, qui
envoient le message au cerveau. Voici un individu
«normal», à 20 ans, en pleine forme auditive,
avant daller en boîte de nuit (rires de
la salle) et voici un individu «normal» de
65 ans («normal» cest-à-dire qui
na pas particulièrement abîmé ses
oreilles au cours de sa vie !). Regardez la
différence : vous constatez quà 65
ans, il a perdu «naturellement» pas loin de la
moitié des fibres du nerf auditif ! Et ça,
encore une fois, cest un vieillissement
normal !
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| 20 |
Mais, une
oreille vieillit dautant plus vite
quelle a été maltraitée au cours de sa
vie. Comment maltraite-t-on une oreille ?
Dabord en prenant certains médicaments
dits ototoxiques (= toxiques pour
loreille). Certains antibiotiques sont
toxiques pour loreille : par exemple,
après la guerre , on a beaucoup utilisé la
streptomycine. Cet antibiotique a sauvé des
millions de vies humaines, mais elle a fait des
ravages au niveau auditif. Il y a aussi certains
diurétiques, certaines chimiothérapies,
notamment celles à base de Cisplatine. Il y a
aussi la quinine qui est très toxique pour
loreille. «Toxique pour loreille»,
veut dire qui rendre sourd, et si ça ne rend pas
sourd, ça fragilise votre oreille, qui va
vieillir plus vite.
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Deuxième
facteur de vieillissement : le bruit !
Ici à Toulouse, il y a eu une grosse explosion.
Il y a des gens qui ont eu des problèmes
auditifs - surdité, acouphènes, hyperacousie
des problèmes auditifs dont ils ne se
sont pas tous nécessairement rendu compte. Ils
ont perdu quelques cellules ciliées sans le
savoir. Le pire, nest pas la
surdité : cest une surdité plus des
acouphènes, mais certains ont une surdité, des
acouphènes et une hyperacousie, ... on ne peut
pas imaginer pire. Sachez que les oreilles des
personnes exposées aux bruits excessifs vont
vieillir plus vite que les autres. On a un
«capital son» comme on a un «capital soleil»
pour la peau. Pour le soleil, cest
maintenant rentré dans les moeurs : si
lon prend des coups de soleil : la
peau vieillit plus vite. Cest exactement la
même chose pour laudition : si on va
en boîte de nuit, on ressort avec les oreilles
cotonneuses, les oreilles qui sifflent, etc. On
va se coucher et le lendemain, il ny a plus
rien et on se dit «Ouf ! cest
fini ! Je ne risque plus rien :
lacouphène est parti !» Eh bien
non ! Ne dites pas : «Je ne risque
plus rien » ! Dites vous au contraire
que vos oreilles ont été endommagées, et
quelles vont vieillir plus vite ! Ça,
cest une chose très, très
importante !
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| 22 |
Voici
laudiogramme dune sujet jeune ;
zéro dB de seuil sur lensemble des
fréquences : audition parfaite. Et puis
voici laudiogramme dun sujet âgé de
65 ans, avec des pertes denviron 20-30 dB
sur les fréquences aiguës. Cest un
vieillissement normal. Et voici enfin
laudiogramme dune personne de 90 ans.
La perte auditive gagne les fréquences graves et
surviennent les problèmes de compréhension.
Mais comme le soulignait Sylviane Chéry-Croze
tout à lheure, si on continue avec le
volume sonore pratiqué dans les boîtes de nuit
et autres de lieu de loisir, si lon
continue avec la loi des 105 dB qui fait croire
aux jeunes quà 105 dB, les oreilles ne
risquent rienje vous garantis quà
105 dB, au bout de deux heures, vous avez des
problèmes auditifs, ça cest sûr ! -
si on continue comme ça, cest plus à 65
ans quon aura cet audiogramme-là, mais à
35 ! Et on aura une oreille de 90 ans à 60
ans !
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| 23 |
Il faut
vraiment insister là-dessus et je crois que ça
fait partie de la mission de FRANCE ACOUPHÈNES.
Il faut également quil y ait une prise de
consciences au niveau des pouvoirs publics !
Il faut absolument avoir une loi cohérente avec
les données scientifiques ! Or la loi
actuelle est insidieuse : jai vu un
article dans «Le Midi Libre» sur deux pages,
avec ce titre : «Loi des 105 dB :
dormez sur vos deux oreilles» ! Oui, bien
sûr ! «Dormez sur vos deux
oreilles» ! Cest une loi qui est
faite pour protéger lenvironnement, le
voisinage ! Pas pour protéger les
oreilles ! Cest très insidieux !
Cest pour ça que je tiens à
insister !
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| 24 |
Et
puis , il y des gens qui vieillissent plus
vite que dautres, il y a des facteurs
génétiques qui font que certaines oreilles sont
plus vulnérables que dautres face aux
agressions sonores : si on met deux personnes
devant le même haut-parleur, lune aura des
acouphènes, lautre pas. Cest ce
quon appelle des facteurs de
susceptibilité, qui sont probablement
dorigine génétique. Si des études
commencent à se mettre en place pour étudier
ses facteurs génétiques, je nai pour
linstant pas de résultats à vous
communiquer.
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| 25 |
On a
parlé des médicaments ototoxiques, du bruit,
des facteurs génétiques. On va maintenant
aborder la recherche.
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| 26 |
Tous les résultats que je vais
mentionner maintenant sont des résultats issus
de la recherche, des résultats que nous avons
obtenus sur des animaux. Nous nen sommes
pas encore au stade des applications cliniques.
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| 27 |
Je
voudrais vous donner un exemple concernant
certains médicaments toxiques pour
loreille. Le cisplatine est un médiment
utilisé une chimiothérapie. Il est très
efficace pour combattre les tumeurs en
particuliers le cancer du poumon à petites
cellules. Le problème du cisplatine est
quil rend sourd !
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| 28 |
Voici un
rat quon a traité avec du cisplatine, on
lui a fait une chimiothérapie. Vous voyez que ce
rat a une perte auditive sur les fréquences
aiguës, comme une personne de 90 ans Maintenant
si on regarde son oreille, vous constatez
quil a toujours ses CCI - il y a donc quand
même un message qui part au cerveau. Mais il
na plus de CCE, il na plus ces
petites cellules qui se contractent pour
augmenter la discrimination. Exactement comme
dans la presbyacousie !
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| 29 |
Pourra-t-on
intervenir dans ce type de pathologie,?
Pour linstant, non. Mais peut-être que
dans un avenir assez proche, oui. Pourquoi ?
Parce quil existe une substance - le
thiosulfate de sodium - qui est un antidote du
cisplatine, qui va venir se fixer au cisplatine
et lempêcher de rentrer dans les cellules
de la cochlée. Le problème, cest que si
vous prenez cette substance par voie générale,
vous allez bloquer la toxicité du cisplatine,
pour loreille, mais aussi pour les
tumeurs ! Cest le problème !
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| 30 |
Je dirai que loriginalité de
léquipe Inserm de Montpellier, cest
davoir mis au point chez lanimal, une
méthode de traitement local.
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| 31 |
Comment
fait-on chez lanimal ? On met une
petite pompe qui va diffuser la molécule
le thiosulfate - directement dans loreille
interne. Le cisplatine diffuse par voie
générale partout dans le corps. Quand on
utilise cette voie dabord, on protége
toutes les cellules ciliées de loreille
interne. Vous constatez que toutes les cellules
ciliées du rat sont là, en parfaite état,
elles nont pas disparu, et cet animal a une
audition quasi-normale. On a empêché le
cisplatine dagir localement mais par
contre, il peut faire son travail de destruction
au niveau des tumeurs (estomac, poumon, cerveau,
etc.). Cest une piste de recherche très
prometteuse pour tous les patients, et ils sont
nombreux a subir des chimiothérapies.
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| 32 |
Autre
problème : le bruit ! Encore fois, on
est à Toulouse et cest une bonne chose que
lassemblée générale de France
Acouphènes ait été organisée dans cette
ville, particulièrement sensibilisée aux
problèmes du bruit depuis lexplosion
dAZF.
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| 33 |
Je
voudrais vous montrer ce que fait le bruit sur
loreille. Imaginez une personne
immédiatement après lexplosion, près du
site AZF. Vous voyez que les CCE sont
endommagées. Celle-là a perdu tout son contenu
intracellulaire : elle sest vidée. De
plus, toutes les fibres du nef auditif ont
disparu, elles ont «explosé», littéralement
«explosé» ! Ainsi, cest comme pour
le vieillissement : mêmes problèmes au
niveau des cellules ciliées et au niveau du nerf
auditif.
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| 34 |
Au bout
dun mois, les cellules sensorielles ont
complètement disparu ! Dis-pa-rues !
Et elles ne re-pous-se-ront-pas !
Voilà la conséquence du bruit
excessif ! Que ce soit une explosion, une
boîte de nuit, un coup de fusil de chasse, un
baladeur pendant de longue période !. Et
puis bien sûr, dans la zone cochléaire
traumatisée, vous avez les neurone auditifs qui
dégénèrent, exactement comme avec le
vieillessement.
|
| 35 |
Alors,
est-ce quon peut faire quelque chose ?
Avec le cisplatine, on sait quon va rendre
sourd, on peut donc développer des stratégies
de prévention : appliquer lantidote
avant la chimiothérapie. Là avec le bruit, les
gens arrivent APRÈS lexplosion, APRÈS le
traumatisme, et cest à ce moment
quil faut les traiter ! Pour
développer des traitements, il faut comprendre
pourquoi et comment les cellules sensorielles
meurent quand on les sur-stimule.
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| 36 |
Je ne vais
peut-être pas trop insister, mais je voudrais
quand même vous faire comprendre coment meurent
les cellules ciliées. Deux grands mécanismes
sont responsables de la mort dune cellule.
Vous avez un premier mécanisme qui
sappelle la nécrose : quand la
cellule explose, vous avez une inflammation, puis
des macrophages viennent faire le ménage autour,
et vous obtenez une cicatrice, exactement comme
quand vous vous coupez au niveau de la peau.
Lautre mécanisme sappelle
lapoptose. Oubliez peut-être le terme,
mais sachez quil sagit dun
mécanisme de « mort programmée »,
autrement dit une « mort
propre » : la cellule se suicide
« proprement ». Ce mécanisme existe,
on la étudié au niveau de loreille,
on le connaît très bien. Et cest parce
quon le connaît, quon est
aujourdhui capable de le bloquer. Après un
traumatisme sonore les cellules endommagées
mettent en route un programme de mort cellules
pour mourir « proprement ». Sur cette
image, les cellules en jaune sont celles qui ont
déclenché leur mécanisme de mort. Ce
mécanisme existe aussi bien au niveau des
cellules ciliées que des neurones auditifs. Ça,
on le connaît bien maintenant, on la
démontré après chmiothérapie, traumatisme
sonore ou dans la presbyacousie, et on a les
molécules pour empêcher ce type de mort
cellulaires.
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| 37 |
On peut
aussi de protéger les fibres nerveuses avec des
antiglutamates Je vous ai montré quaprès
un traumatisme acoustique, les fibres nerveuses
sont détruites - vous vous souvenez. Pourquoi
sont-elles détruites ? Parce que la cellule
ciliée utilise le glutamate comme substance
chimique pour transmettre linformation
auditive aux fibres nerveuses. Le glutamate,
lorsquil est libéré en trop grande
quantité par les cellules ciliées interne, il
devient toxique, cest pour cela que les
fibres sont détruites : un son sur-stimule
les cellules ciliées qui libèrent trop de
glutamate, lequel détruit les fibres nerveuses.
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| 38 |
La
stratégie utilisée après un traumatisme
acoustique consiste donc à protéger les
cellules sensorielles avec des anti-apoptotiques
et les fibres nerveuses avec des anti-glutamate
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| 39 |
Comment
faire ? Toujours pareil : il faut
privilégier une approche pharmacologique locale,
parce que si jamais vous prenez des molécules
qui empêchent les cellules de mourir par voie
générale, vous empêchez TOUTES les cellules de
mourir, et vous allez avoir des tumeurs
partout ! Ce quil faut faire,
cest mettre ces substances directement dans
loreille pour empêcher les cellules de
loreille de mourir, et pas celles qui
doivent « naturellement » mourir. Si
vous voulez protéger les fibres du nerf auditif,
vous allez utiliser des anti-glutamates
administrés localement dans loreille
interne. Parce que par voie générale, vous
allez baigner tout le corps, tout le cerveau,
avec ces anti-glutamates. Or il ny a pas
que les cellules auditives qui utilisent le
glutamate ! 80 % des cellules du cerveau
utilisent le glutamate comme neurotransmetteur.
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| 40 |
Revenons
aux résultats expérimentaux ! voici des
pertes auditives après traumatisme
acoustique : de lordre de 60 dB. Si
maintenant vous mettez dans cette pompe une
substance qui empêche les cellules de mourir,
vous voyez que vous sauvegardez presque 100%
laudition.
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| 41 |
Cette
conférence est organisé par France Acouphènes,
et jusquà maintenant, je nai parlé
que de surdité. Et les acouphènes ? Me
direz-vous
Jy viens !
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| 42 |
Soulignons
plusieurs points.
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| 43 |
Dans
limmense majorité des cas, les acouphènes
sont liés à un problème de surdité,.
Cest ce que je vous montre ici : ce
sont des études cliniques été faites à
Montpellier. 80% des acouphèniques ont des
problèmes doreille interne, dont un tiers
dus au bruit, un tiers au vieillissement, et un
autre tiers à la maladie de Ménière. Les
autres cas relève de loreille moyenne
(ostopongiose par exemple) , de problèmes rétro
cochléaires (tumeurs sur le nerf auditif ou
boucles vasculaires cest-à-dire les
vaisseaux qui font « des nuds »
près du nerf auditif). Donc lacouphène
est bien un problème doreille.
|
| 44 |
Un
acouphène, quest ce que cest ?
cest une lésion des fibres du nerf auditif
qui vont envoyer une message aberrant, parasite
au système nerveux central et qui va être
linterpréter comme un son. Par exemple, un
bruit va détruire les fibres du nerf auditif, il
va y avoir une inflammation du nerf auditif qui
va envoyer des messages aberrants au système
nerveux central.
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| 45 |
Le
problème avec les acouphènes est quils
sont subjectifs. Cest à dire que personne
dautre que le patient ne peut les entendre.
Quand on veut faire des expériences chez
lanimal, on est très embêté, parce
quil est difficile de savoir si
lanimal entend un acouphène. Cela, a été
un gros problème durant des années,
jusquà ce que lon mette au point un
modèle comportemental chez lanimal. En
fait, on observe lanimal, et lon
regarge sil se comporte comme sil
avait un acouphènes. Voilà, la démarche
expérimentale adopter.
|
| 46 |
Démonstration
avec un petit rat : Cet animal est
conditionner à exécuter une tâche en présence
dun son. En présence dun son, le rat
exécuter une tache. Ici, il monte sur ce poteau
accroché au plafond de la cage. Quand il
ny a pas de son, le rat nexécute pas
la tâche. Lorsquon déclenche des
acouphènes en lui administrant de fortes doses
daspirine, (des acouphènes apparaissent
lors de lutilisation de doses élevées
daspirine), ce petit animal va grimper au
poteau alors quil ny a pas de son
audible à lextérieur. Pourquoi ?
parce quil entend un son, cest son
acouphène !. Maintenant, si on place une
petite pompe qui va délivrer au niveau de
loreille interne un anti-glutamate ,
lanimal ne grimpera plus au poteau. Ce qui
signifie que cet animal na plus
dacouphènes.
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| 47 |
Vient
ensuite une série de questions, en voici
quelques unes :
|
| 48 |
Est ce
que lorsquon met des anti glutamate dans
les oreilles, cela ne rend pas
lanimal sourd?
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| 49 |
Lacouphène
est due une sur-expression de certains types de
récepteurs au glutamate qui ne servent pas
normalement à entendre, cela rajoute de
lactivité parasite. Dans nos expériences,
lanimal ne perd pas son audition parce que
les anti-glutamate que lon utilise ciblent
spécifiquement cette activité anormale. En
fait, on bloque lactivité parasite
les acouphènes - tout en gardant une audition
normale.
|
| 50 |
On me
demandait pourquoi on nen était pas encore
aux applications cliniques, il y a plusieurs
raisons :
|
| 51 |
On a les
moyens concrets dappliquer des drogues au
contact de loreille interne. On peut
utiliser ce type de cathéter pour appliquer des
substances au contact de loreille interne.
Ce type de cathéter est dores et déjà
utilisé pour supprimer les vertiges invalidants
dans la maladie de Ménière. Il est clair
quon peut aussi envisager dautres
moyen comme des gels par exemple.
|
| 52 |
Il y a
quand même un certain nombre dexpériences
à faire chez lanimal avant de passer aux
essais cliniques. Le problème cest que ce
nest plus de la recherche, cest à
dire quon ne peut pas employer un
étudiant, en thèse par exemple, pour faire ce
genre dexpérience. Cela sappelle de
la recherche appliquée. Il faudrait payé
quelquun, en dehors dun parcours
universitaire, pour lui confier ce genre
dexpérience.
|
| 53 |
Pour mener
à bien ces études cliniques, nous avons besoins
du soutien des industriels. Or, on est en
présence de deux catégories d'industriels qui
ont chacun une "bonne raison" de ne pas
s'engager dans la voie d'une pharmacologie locale
et spécifique des acouphènes. Les premiers
proposent déjà des médicaments
(vasodilatateurs, etc.) pour le traitement de la
surdité et des acouphènes. Les autres
industriels, ceux qui possèdent des molécules
efficaces (anti-glutamate, anti-apoptotique,
etc), hésitent à investir un nouveau marché,
et à développer de nouvelles formes galéniques
pour répondre aux besoins de la thérapie
locale.
|
| 54 |
Est
ce que ces traitement seront valables pour
lhyperacousie ?
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Il est
probable que lhyperacousie reflète une
hypersensibilité du nerf auditif due - comme
pour les acouphènes - à une sur-expression de
certains récepteurs au glutamate. Mais pour
linstant, nous avons pas de données
expérimentales pour étayer cette hypothèse.
Seuls les premiers essais cliniques pourrons
répondre à cette question.
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Peut-on
espérer faire régénérer les cellules
ciliées ?
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Le
problème est que lorsque ces cellules meurent,
elles disparaissent. Il faut donc trouver un
moyen pour en « faire » de nouvelles
à partir dans cellules de soutien. Nous
travaillons aussi sur ce sujet : on étudie les
mécanismes de régénération chez
loiseau. En effet, on sait que chez
loiseau, les nouvelles cellules
apparaissent après destruction par le bruit ou
des médicaments ototoxiques. On se dit alors que
si lon comprend comment et pourquoi les
cellules repoussent chez loiseau, on va
pouvoir comprendre pourquoi ça ne fonctionne
chez lhomme, et essayer dapporter ce
qui leur manque pour repousser
Sachez tout
de même quavant de faire repousser des
cellules sensorielles chez lhomme, il fera
beaucoup de temps. Par contre, on pourra les
empêcher cellules de mourir et on peut
déjà bloquer les acouphènes !
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