| 1 |
|
| 2 |
Je vais traiter les acouphènes du
côté pratique et je laisserai à Madame
Chéry-Croze le côté évolution et avenir, car
nous ne sommes que des médecins qui appliquent
ce que les chercheurs trouvent ; |
| 3 |
Le principal message cest que
çà avance, bien sûr trop lentement il faut
rester positif et ne pas senfermer dans
cette pathologie ; Il est important de rester
ouvert aux autres et je pense sincèrement que
cest la communication entre vous et les
médecins qui fera avancer les choses.
|
| 4 |
Les acouphènes en
pratique
|
| 5 |
Je suis médecin et je vois arriver
dans mon cabinet quelquun qui se plaint
dacouphènes. Je vais en premier lieu
chercher les causes générales ; En tant
quORL nous ne devons pas seulement nous
attacher au côté auditif , il faut aussi que
lon fasse le tour des pathologies
générales du patient qui sont : l
hypertension, les triglycérides , le
cholestérol, un diabète sous-jacent, une
hyperthyroïdie . Il faut avant tout voir
globalement le patient . |
| 6 |
Après avoir fait un tableau
général des pathologies qui pourraient être la
cause de cet acouphène on sattachera à
trouver les causes locales dont une des
premières est la cause ORL : |
| 7 |
Loreille
Externe : un bouchon de cérumen , une
otite externe peuvent être la cause de
lacouphène
|
| 8 |
- Loreille
moyenne :une perforation , une
otospongiose, une otite chronique et le
traitement spécifique de cette
pathologie va en général traiter le
problème de lacouphène
|
| 9 |
- Loreille
interne : surdité brusque , blast
post-traumatique , exposition aux bruits
forts. Dans ce cas une consultation
rapide simpose car nous disposons
de solutions thérapeutiques qui peuvent
si cela est pris à temps régler le
problème de lacouphène .
|
| 10 |
- Le nerf auditif :
un neurinome de lacoustique (petite
tumeur bénigne du nerf auditif)
|
| 11 |
Il y a également les causes
stomatologiques et notamment les problèmes de
dysfonctionnement de larticulation
temporo-mandibulaire qui se révèlent à la
palpation par des douleurs et des craquements. |
| 12 |
Dans ce traitement de
lacouphène symptomatique dune
maladie , on traite spécifiquement la maladie et
on soulignera le rôle très important des
médecins traitants , ORL stomatologues
dentistes. |
| 13 |
Dans le cas de lacouphène
persistant , cest lacouphène qui
reste après traitement spécifique ou acouphène
maladie. |
| 14 |
Je pose alors au patient la question
de la gêne, qui est essentielle car la prise en
charge est complexe , elle demande une
collaboration difficile des praticiens et du
malade. |
| 15 |
Si cest peu gênant ou
moyennement gênant je leur explique le
phénomène dhabituation ; cest à
dire que le cerveau a dénorme capacités
à shabituer à cette audition pathologique
et en général le temps fait que cet acouphène
va être de plus en plus supportable et bien sûr
je parle également de prévention pour ne pas
aggraver cet acouphène. Prévention cest
éviter les bruits trop importants et les
médicaments ototoxiques. |
| 16 |
Dans le cas où la gêne est très
importante je propose un plan de traitement qui
sera fonction de plusieurs choses, notamment de
laudition et du patient qui est en face de
moi. Ce plan de traitement comporte des
médicaments, un usage prothétique., soit une
prothèse conventionnelle si le patient a une
mauvaise audition ;soit un masqueur en cas
daudition normale |
| 17 |
On sest rendu compte que si on
améliorait laudition dun patient
acouphénique, on améliorait aussi son
acouphène. Cest en général 8 cas sur 10. |
| 18 |
Il y a également une prise en
charge psychologique si nécessaire. Et enfin on
conseille au patient une vie équilibrée :
éviter les excitants les excès en général. «
User sans abuser ». |
| 19 |
Je souligne là le rôle de toute
une équipe autour du médecin ORL, psychiatre ,
médecin généraliste, sophrologue
|
| 20 |
Je conseille également une grande
méfiance, car en face de la souffrance des gens
on trouve beaucoup de charlatans prêts à
profiter de cette souffrance. |
| 21 |
Ma conclusion est quil faut
dialoguer et mettre en place une équipe
pluridisciplinaire afin de permettre
davancer. |
| 22 |
Je nai pas de remède miracle
à vous proposer mais ensemble nous arriverons à
améliorer la prise en charge de la personne
acouphénique.
|
| 23 |
| MR BARDET
audioprothésiste Audition conseil |
|
| 24 |
Acouphène : mirage
ou fiction ?
|
| 25 |
Cest un bruit que personne
dautre que vous nentend . on entend
souvent dire : « cest votre problème
vivez avec » |
| 26 |
Cest une perception sonore que
lon ne peut pas enregistrer acoustiquement.
Il nexiste aucune machine qui est capable
de lenregistrer. |
| 27 |
Cest un mal dont vous souffrez
mais qui nest pas reconnu comme une
pathologie. Les caisses dassurance maladie
lignore totalement. |
| 28 |
Cest une gêne qui ne
bénéficie daucune prise en charge
remboursée. En effet les différentes solutions
que je vais vous proposer ne sont soumises à
aucun remboursement si on ny associe pas
une surdité ; |
| 29 |
Donc , vous êtes la seule personne
à lentendre, on ne peut pas le prouver, ce
nest pas une pathologie, on ne vous prend
pas en charge financièrement. Alors et si
lacouphène nétait finalement
quune de vos inventions ? serions nous tous
là ?
|
| 30 |
Vous pouvez voir sur cette
diapositive une enquête faite sur les
acouphéniques qui ont été reçus dans les
laboratoires dAudition conseil. |
| 31 |
Majoritairement lacouphène se
situe dans les aigus et principalement sur les
4000 HZ, généralement ils ne sont pas
dune grande intensité , bien quils
le soient pour vous, généralement 5 à 10 Db au
dessus du seuil auditif. Cest rarement un
son pur, mais plutôt un son composé avec une
variabilité dans le temps souvent déclenché
chez des patients fatigués, stressés,
dépressifs. |
| 32 |
Comme cest multifactoriel, il
faut une équipe composée au minimum dun
ORL, un audioprothésiste + une tierce personne :
psychologue ; psychiatre , sophrologue
|
| 33 |
Choix dans la prise
en charge du Tinitus
|
| 34 |
On retrouve souvent
lappareillage auditif car une grande
majorité des acouphèniques a une perte
auditive. Ce qui nous permet de ramener un
environnement sonore qui va masquer
lacouphène. |
| 35 |
On appareille pas un acouphènique
comme on appareille un malentendant . On prend en
compte les caractéristiques et la variabilté de
son acouphène ainsi que sa sonorité. |
| 36 |
On essaie de mettre une faible
amplification , car souvent les oreilles sont
fragilisées, amplification accompagnée
dune compression pour protéger des bruits
forts, avec un potentiomètre de gain,, ce qui
permet au patient en fonction de la variabilité
de son acouphène daugmenter le gain de son
appareil. |
| 37 |
Ne jamais boucher une oreille ,
préférer un embout ventilé avec un
appareillage en stéréophonie. |
| 38 |
Le masqueur dacouphène seul :
contrairement à un appareil auditif, il na
pas de microphone. Il est réservé aux patients
nayant pas de perte auditive. Les bruits
sont en bandes étroites , généralement se sont
des sons composés qui vont se mettre autour de
votre acouphène , lenglober. Il ne faut
jamais couvrir complètement lacouphène
car il risque dy avoir une impression de
sur amplification.On ne les utilise que quelques
heures par jour pendant 16 à 18 mois. |
| 39 |
Les combinés sont un mélange des 2
( générateur et amplificateur) |
| 40 |
Sur AIX , le DR LATIL , une
psychologue et moi même nous nous occupons
depuis 1997 de patients acouphéniques |
| 41 |
Nous avons interrogés 60 personnes
sur 400 et vous pouvez voir les résultats de
lenquête : |
| 42 |
Satisfaction de lappareillage
: aucune 18% ; un effet 19% ;très satisfaisant
63 % |
| 43 |
Depuis votre appareillage vivez-
vous mieux votre acouphène non 25% oui 75% |
| 44 |
Si votre appareillage était a
refaire le referiez-vous ? oui 66% non 34% |
| 45 |
Je vous remercie de votre attention
et je laisse la parole à Madame Sylviane
CHERY-CROZE , chercheur au CNRS à Lyon.
|
| 46 |
| Mme
Sylviane CHERY-CROZE directrice
de recherche au CNRS |
|
| 47 |
Très rapidement , lacouphène
est une perception auditive que lon entend
dans une oreille ou dans les deux ou dans la
tête sans quil y ait de source sonore qui
lui corresponde. |
| 48 |
Je voudrais attirer votre attention
sur cette autre définition « Vécu
désagréable à la fois sensoriel et
émotionnel, associé à un dommage tissulaire
présent ou potentiel ou simplement décrit en
terme dun tel dommage » Cest une
définition qui na pas été écrite du
tout pour lacouphène car cest la
définition officielle de la douleur telle
quelle a été adoptée par
lassociation internationale détude
de la douleur. Il se trouve que cette définition
convient tout à fait à lacouphène qui
nest pas seulement un phénomène
doreille . Cela concerne lindividu
dans son entier même si, à lorigine, il y
a des causes dans loreille.
|
| 49 |
Quelques données
épidémiologiques
|
| 50 |
Suivant les études et les pays dans
lesquels elle sont été réalisées on trouve 10
à 17 % dacouphènes dans la population
générale. |
| 51 |
Il ny a pas eu détude
denvergure en France mais AG2R a récemment
fait une enquête dans le cadre de la Journée
Nationale de lAudition. Elle a montré sur
un échantillon bien choisi représentatif de la
population française que 15 % de sujets ont eu
à un moment ou à un autre de leur vie ou ont
encore un acouphène. En fait, les études
étrangères et cette enquête permettent de dire
quenviron 2,5 millions de personnes en
France, sont gênés par leur acouphènes, dont
300 000 sont en réelle souffrance. Il est aussi
important de noter quon note 200 000
nouveaux cas par an dont beaucoup de jeunes. |
| 52 |
Je voudrais rappeler que
lacouphène peut naître dans
nimporte quelle partie de loreille.
Un simple bouchon de cérumen peut engendrer un
acouphène mais dans la grande majorité on pense
que lorigine se situe dans les voies
auditives et en particulier dans loreille
interne pour des lésions qui peuvent même être
très petites.
|
| 53 |
95% des cas dacouphènes
correspondent à des perturbations
périphériques ou situées plus haut dans les
voies auditives. On parle dacouphènes
neuro-sensoriels. On pense que cest une
activité nerveuse particulière qui circule dans
les voies auditives et qui, quand elle arrive au
cerveau au niveau du cortex auditif donne
naissance à un son comme toute activité qui
arrive à ce cortex. Cest cette perception
sonore et que vous entendez.
|
| 54 |
Quels sont les axes
de recherche
|
| 55 |
Il y a différents axes : |
| 56 |
1) Caractériser ce signal nerveux
particulier qui est à lorigine de
lacouphène |
| 57 |
2) Identifier les voies et les
centres nerveux qui sont mis en jeu dans le
traitement du signal |
| 58 |
3)
Déterminer quels sont les mécanismes mis en jeu
pour que cette activité et son traitement dans
les centres nerveux donne naissance à ce
symptôme qui vous fait souffrir ; |
| 59 |
Lobjectif
de toutes ces recherches est évidemment de
développer de nouvelles approches
thérapeutiques qui vous permettront daller
mieux.
|
| 60 |
Tout
dabord le premier axe de
recherche : caractériser le signal nerveux de
lacouphène. On le connaît
maintenant ce signal, car des chercheurs ont pu
faire des enregistrements et en particulier chez
lanimal . On a pu créer des acouphènes
chez les animaux en utilisant des substances
ototoxiques comme par exemple laspirine ou
la quinine. Quand ces substances ototoxiques sont
injectées à haute dose aux animaux, ces
derniers perçoivent des acouphènes. Il est
possible de mesurer lintensité de ceux ci
en développant des modèles comportementaux.
Cest ce qui a été fait à Montpellier :
on injecte de laspirine après avoir
conditionné lanimal à grimper sur un
petit mât situé dans sa cage lorsquil
entend un bruit. |
| 61 |
Dans
un modèle animal américain, Jastreboff a pu
démontrer que lacouphène du rat était
situé sur 11 000 Hz quand il est déclenché par
laspirine et on a pu mesurer son intensité
en fonction de la dose daspirine injectée.
Actuellement se développent également des
modèles dacouphènes déclenchés par un
traumatisme auditif. |
| 62 |
Lorsquon
enregistre lactivité du nerf auditif dans
un de ces modèles, on sest aperçu
quil existe une augmentation
dactivité spontanée. En effet, les fibres
nerveuses déchargent tout le temps, elles ont
une activité aléatoire en permanence : on parle
dactivité spontanée. En présence
dun stimulus auditif, il se produit un
changement (une synchronisation) de
lévolution de la décharge en fonction du
temps,: les décharges se synchronisent sur le
stimulus. Cest cette synchronisation qui
permet au système nerveux de repérer la
présence dun stimulus. Dans ces modèles
animaux dacouphènes, il existe un début
de synchronisation : en présence
dacouphènes, les décharges, au lieu de se
produire de manière aléatoire, se produisent en
« bouffées ». Cest à dire quon
observe des petits groupements de 2 ou 3
décharges, qui se répètent dans le temps. |
| 63 |
Laugmentation
globale dactivité spontanée qui a été
observée est due à cette activité
particulière « en bouffées », une activité
similaire à celle que lon retrouve dans
les foyers épileptiques. Ce qui explique que,
dans certains cas, on puisse vous prescrire des
anti-convulsivants, des médicaments contre
lépilepsie. Quelquefois cela fait peur au
patient. En fait, cest simplement parce que
lon sait que la décharge à lorigine
de la perception dacouphènes est de type
épileptique et que des anti-convulsivants
peuvent, dans certains cas, améliorer
lacouphène. Ces substances nagissent
pas efficace sur tout le monde mais pour une
partie de la population acouphénique elle permet
daméliorer les choses mais malheureusement
pas de faire disparaître. |
| 64 |
Cette
augmentation dactivité spontanée est
retrouvée dans les relais des voies auditives
jusquau cortex. Les décharges « en
bouffées » sont liées aux propriétés
dune molécule particulière nommée le
glutamate, qui est le neurotransmetteur
cest à dire la substance émise par les
récepteurs auditifs nommés les « cellules
ciliées » car elles possèdent plusieurs
rangées de petits cils souples.
|
| 65 |
 |
65a |
Sous
leffet de la vibration sonore, les
cils des cellules activées vont
sabaisser et entraîner la
libération de glutamate. |
| 65b |
Quand
ce glutamate est libéré en quantité
trop importante, il provoque cette
décharge « en bouffées » qui est
liée à la présence
dunacouphène. |
| 65c |
Mais ce glutamate
est toxique pour les cellules quand il
est présent en trop grande quantité. Or
dans les traumatismes acoustiques, il est
libéré en trop grande quantité ce qui
peut entraîner le gonflement et
léclatement de lextrémité
de la fibre auditive. A ce stade une
régénération reste possible.
Cependant, si le traumatisme est trop
important, on peut avoir mort de la fibre
auditive elle-même. En effet, notre
système est bien fait ; quand les
lésions en périphérie sont trop
importantes pour permettre une
régénération, les fibres nerveuses
vont « se suicider ». Elles sont
programmées pour cela, de manière à
avoir une « mort propre » sans
libération de substances nocives pour
les tissus environnants. |
|
| 66 |
Ceci
pour vous expliquer quà des fins
thérapeutiques deux types de molécules pourront
être utilisées:: des molécules empêchant le
glutamate libéré en excès de se fixer sur les
fibres auditives (anti-glutamates) et des
molécules anti-apoptotiques qui vont empêcher
la mort programmée (nommée apoptose) de se
dérouler. Cest sur ces molécules que
travaille léquipe du Pr Puel à
Montpellier. Le problème est que le glutamate
est une substance très répandue dans notre
cerveau et quelle intervient dans de
nombreuses fonctions, par exemple,
lapprentissage et la mémoire. On ne peut
donc pas utiliser ces substances par voie
générale ce qui entraînerait beaucoup
deffets secondaires nocifs. Il faudra donc,
comme cela se fait déjà chez le rat, les
injecter directement au contact de loreille
interne à laide dun petit cathéter,
qui relié à une mini-pompe, traversera le
tympan pour aller diffuser le produit à
proximité de lendroit où il devra agir.
|
| 67 |
Le
second axe de recherche concerne la
caractérisation des voies nerveuses
impliquées dans le traitement du signal nerveux
de lacouphène. Il existe divers arguments
en faveur de lintervention privilégiée
dune autre voie que celle habituellement
empruntée par les sons courants de notre
environnement.
|
| 68 |
En
effet, il existe deux voies différentes qui
véhiculent des informations auditives. Les voies
dites primaires sont des voies purement
auditives, très spécifiques en fréquence qui
après avoir fait relais dans un certain nombre
de structures aboutissent au cortex auditif
primaire. Les voies dites extralemniscales ou
secondaires sont quant à elles, beaucoup moins
spécifiques en fréquence, plus diffuses ; les
réponses de ses neurones peuvent être excitées
et/ou inhibées par des informations relatives à
dautres modalités sensorielles. Par
ailleurs, ces voies font relais dans la
réticulée activatrice où les informations
auditives sont intégrées à toutes les autres
modalités sensorielles pour être soumises au
tri sélectif de la modalité prioritaire à
linstant considéré. Ceci est très
important car les personnes qui tolèrent mal
leur acouphène effectuent un « mauvais » tri
en le classant toujours comme un signal
prioritaire alors quil na aucun
intérêt pour la tâche quils sont en
train de réaliser. De plus, ces voies sont en
relation avec lhypothalamus et les centres
du système nerveux autonome. Ce système
contrôle toutes nos fonctions automatiques (non
conscientes) comme le rythme cardiaque, la
pression artérielle, le rythme respiratoire, la
motricité digestive, la sudation
..toutes
fonctions qui sont activées dans des situations
de menace, de stress, de peur. Ces voies se
projettent sur le cortex secondaire ainsi que sur
toutes les aires corticales. Il semble que ce
soit cette voie dite secondaire qui traite le
signal de lacouphène : en effet, les
structures dont lactivité spontanée est
augmentée sous traitement au salicylate ou en
cas de perte auditive lui appartiennent ; par
ailleurs, lobservation de nombreux cas
dacouphènes a révélé que pour 66%
dentre eux, leur perception est modulée
par lactivation du système somatosensoriel
par exemple, des stimulations tactiles ou
musculaires de laface ou du cou. Un autre
argument consiste en lobservation d
acouphènes sévères déclenchés par des
changements de la direction du regard ou la
stimulation tactile de la main chez des patients
qui ont subi des interventions pour supprimer un
très gros neurinome ou une tumeur à la base du
cerveau. Ces observations ne peuvent pas
sexpliquer par la mise en jeu dune
voie qui ne conduit que les informations
auditives. De plus, des études dimagerie
dans des cas acouphènes déclenchés par le
regard ont montré que les zones corticales
activées correspondent au cortex secondaire. |
| 69 |
Ces
études ont aussi révélé que dautres
structures cérébrales sont impliquées qui
nont rien à voir avec les voies auditives
: par exemple le système limbique et
lamygdale ou le système attentionnel. |
| 70 |
Le
système limbique régit nos émotions mais
cest aussi un système bien connu pour
augmenter lanxiété.
|
| 71 |
Le
troisième axe de recherche consiste
à déterminer les mécanismes responsables de la
survenue de lacouphène. |
| 72 |
De
plus en plus de chercheurs acceptent lidée
que la plasticité cérébrale est très
impliquée dans la mise en place de
lacouphène. |
| 73 |
En
effet, une des caractéristiques de notre
système nerveux auditif ou pas, est dêtre
plastique. Il ne va pas fonctionner de la même
manière si on lui fournit beaucoup ou peu
dinformations. Cest la raison pour
laquelle on conseille aux personnes malentendante
de se faire appareiller tôt pour éviter que des
perturbations centrales sajoutent à celles
dues à la déficience de loreille. En
effet, la vieillesse saccompagne dune
diminution de notre plasticité auditive.
|
| 74 |
Dans
ces conditions, la présence continuelle dans les
voies auditives du signal nerveux lié à un
acouphène va entraîner une certaine
plasticité. Ceci a pu être mis en évidence
dans léquipe lyonnaise. |
| 75 |
On
fait entendre dans les oreilles du sujet 3 paires
de mots différents, les mots dune même
paire sont diffusés en même temps dans les 2
oreilles. Après avoir entendu ces 3 paires de
mots, le sujet voit safficher un point
dinterrogation sur lécran
dordinateur placé devant lui. Suivant
quil se trouve à droite ou à gauche le
sujet a pour consigne de répéter les mots
quil a entendus dans son oreille droite ou
son oreille gauche. Généralement, quand cette
expérimentation est réalisée chez des sujets
qui nont pas dacouphène on obtient
toujours de meilleures réponses dans
loreille droite qui correspond à
lhémisphère gauche, que dans
loreille gauche/hémisphère droit.
En regardant les résultats de cette
expérimentation, on saperçoit que dans
tous les groupes de sujets acouphéniques ou pas,
on obtient lasymétrie classiquement
décrite sauf chez les sujets qui ont un
acouphène dans loreille droite, qui
nont plus de fonctionnement asymétrique.
On a donc de bonnes raisons de penser que
cest la présence de lacouphène dans
loreille droite qui perturbe cette fonction
cérébrale de la reconnaissance du langage. |
| 76 |
Donc,
bien quon ne puisse pas montrer
lacouphène lui-même, on peut néanmoins
mettre en évidence les effets de sa présence. |
| 77 |
Ceci
est aussi possible avec des moyens sophistiqués
comme limagerie ou la
magnétoencéphalographie. |
| 78 |
Il
faut savoir que tout au long de notre système
auditif, on trouve une organisation
fréquentielle nommée tonotopie corticale. Les
fréquences différentes que lon entend ne
sont pas organisées nimporte comment .
Dans notre oreille se trouve la cochlée en forme
de limaçon. Si on déroule ce dernier, on se
trouve devant une sorte de clavier de piano
présentant les aigus du côté de loreille
moyenne et les graves à lautre bout, tout
à la pointe du limaçon, les fréquences
voisines se trouvent tout au long proches les
unes des autres. Cette particularité quon
appelle la tonotopie , se retrouve tout le long
des voies auditives jusquau cortex dans
lequel les fréquences sont aussi organisées
dans lespace. |
| 79 |
Lexistence
dune plasticité cérébrale chez les
acouphéniques a été démontré à laide
de la magnéto-encéphalographie :cest un
examen qui permet de voir quelles sont les zones
qui sont activées dans le cerveau des patients.
On a comparé des sujets atteints
dacouphènes unilatéraux sans perte
auditive marquée à des sujets contrôles sans
acouphènes ; les sujets ont été stimulé par
des fréquences comprises entre 1000 et 8000 Hz ;
on constate, chez les contrôles, que toutes ces
activations se trouvent alignées sur une droite. |
| 80 |
La
seconde image est celle de sujets ayant un
acouphène sur 6000 Hz. On remarque que sur la
fréquence de lacouphène,
lactivation nest plus du tout
alignée sur la droite , mais située en dehors
delle. Cela montre que notre cortex est
réorganisé suite à la présence de cet
acouphène. |
| 81 |
Conclusion
: en présence dun acouphène, il existe
une réorganisation de la représentation des
fréquences dans le cortex auditif et les
chercheurs ont pu également observer que plus
lintensité subjective de lacouphène
est forte et plus le degré de réorganisation
cortical est important. |
| 82 |
Le
même type de phénomène a été observé pour
un autre symptôme : celui de la « douleur » ou
perception « dite de membre fantôme ». |
| 83 |
On
a en effet constaté que certains amputés
pouvaient percevoir des sensations dans la zone
corporelle qui leur avait été enlevée. |
| 84 |
Par
exemple, sur un sujet auquel on a enlevé une
main, on remarque que la zone du cortex qui
correspondait aux projections de la main, répond
maintenant à des stimulations du visage et de
lavant bras cest-à-dire à des
stimulations des aires corporelles qui se
projetaient de part et dautre de la zone
corticale sur laquelle se projetait la partie
enlevée. Ce sont les zones qui sont situées de
part et dautre de laire de projection
de la partie enlevée, qui vont progressivement
envahir la région laissée libre. |
| 85 |
On
sest alors demandé si lacouphène
qui est dans plus de 90% lié à la présence
dune perte auditive ne serait pas
léquivalent de cette perception de membre
fantôme.
|
| 86 |
Dans
cette figure, vous pouvez voir des audiogrammes
précis réalisés en utilisant des fréquences
très proches distantes de 500 Hz seulement. Sur
ce schéma, les seuils auditifs apparaissent
comme des ronds blancs. Puis pour caractériser
finement le spectre de lacouphène, on
refait écouter au sujet les mêmes fréquences
que celle de laudiogramme en demandant au
sujet de dire si ce son appartient à son
acouphène et, si oui, dans quelle proportion il
participe à son acouphène en utilisant un
chiffre compris entre 0 et 10. Ces notes
apparaissent sur le schéma sous forme de ronds
rouges. |
| 87 |
Dans
les 6 exemples donnés sur ce schéma, on voit
que les composantes dominantes de
lacouphène sont situées dans la perte
auditive, quelles correspondent à une
bande de fréquence relativement large et que le
spectre de lacouphène est pratiquement
linverse de la perte auditive. |
| 88 |
Ce
résultat est en faveur de lhypothèse
selon laquelle lacouphène serait similaire
à la perception de membre fantôme : ce sont les
fréquences manquantes qui sont entendues.
|
| 89 |
Dans
ces conditions si lacouphène est bien
linverse de la perte auditive, on doit
pouvoir envisager une stratégie thérapeutique
inspirée des thérapies proposées chez les
amputés pour supprimer la sensation de membre
fantôme. On place la personne devant un miroir,
le bras gauche devient par reflet le bras droit.
Par ce biais, on redonne au système nerveux une
information visuelle correspondant au bras
manquant par le biais de la vision en miroir, et
ainsi, on diminue la sensation de membre
fantôme. |
| 90 |
En
ce qui concerne lacouphène, nous
navons encore fait quune expérience
préliminaire. Les sujets étaient entraînés à
une tâche très fine consistant à entraîner
les gens à distinguer des sons de fréquences
proches dans la zone qui correspond à leur
acouphène.
|
| 91 |
Dans
le schéma qui vous est présenté, en blanc,
cest lacouphène avant les séances
dentraînement et en rouge
lacouphène après les séances
dentraînement (sujet ayant un acouphène
bilatéral dont on a entraîné seulement
loreille droite. |
| 92 |
On
remarque quaprès 7 séances de 2 heures
pendant lesquelles on les fait travailler sur des
fréquences comprises dans le spectre de leur
acouphène, le spectre de ce dernier est modifié
: il a perdu ses composantes aiguës. |
| 93 |
Il
est possible quen améliorant cette
technique, il soit possible de diminuer la
plasticité auditive correspondant à
lacouphène. Pour tenter dinverser ou
au moins de rétablir un état plus proche de ce
qui existait avant lacouphène.
|
| 94 |
CONCLUSION
:
|
| 95 |
Jespère
quà travers cet exposé qui ne représente
quune toute petite partie de ce qui se
fait, je vous ai convaincus que même si vous
avez limpression quon ne fait rien
pour vous, des recherches sur lacouphène
se développent à travers le monde et que
progressivement on comprend de mieux en mieux les
mécanismes qui président dune part à sa
naissance et dautre part à sa
pérennisation. |
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Par
ailleurs, des avancées thérapeutiques,
paraissent prévisibles bien que lon on ne
puisse aujourdhui dire dans quel délai
elles aboutiront. Cependant, ces pistes donnent
de lespoir. Ce sont par exemple, les
injections de substances neuroprotectrices ou
anti-apoptotiques dont je vous ai parlé dans le
modèle du Pr Puel, qui devraient permettre de
contrecarrer la pérennisation de la perte
auditive et de lacouphène survenu suite à
un traumatisme sonore ou bien déviter la
perte auditive lorsquon est obligé
dutiliser des médicaments ototoxiques.
Ainsi, on pourrait tout à fait imaginer
dinjecter des substances otoprotectrices
lors de traitements anti-cancéreux par exemple. |
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Une
autre piste serait dinverser la plasticité
cérébrale associée à la présence dun
acouphène soit en faisant une rééducation
comme dans lessai réalisé à Lyon dont je
viens de vous parler, soit en effectuant des
stimulations électriques ou magnétiques. Ainsi,
en Belgique, dans les cas dacouphènes
intolérables présents sur une oreille
totalement sourde, un neurochirurgien pose sur
les méninges (une des membranes qui protègent
notre cerveau), au contact de notre cerveau mais
sans le pénétrer, un porte électrode portant
12 électrodes. |
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Au
départ, il utilisait toujours le même schéma
de stimulation. Dès quil a stimulé, le
patient nentendait plus du tout son
acouphène, mais au bout de 2 mois, un nouvel
acouphène est apparu, résultant de la
plasticité cérébrale sous leffet de
cette stimulation permanente. Il a alors changé
pour une stimulation aléatoire avec un schéma
de stimulation qui variait lui aussi dans le
temps ; cela fait maintenant environ 10 mois que
le patient ne souffre plus du tout
dacouphène. Quatre autres sujets ont été
implantés. Les résultats semblent pour
linstant tout aussi positifs. Mais cela
reste une intervention extrêmement lourde. |
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Une
autre technique permettant dinverser la
plasticité, réside dans les stimulations
magnétiques. Mais ici le problème est
aujourdhui, léquipement qui est
très encombrant. Cependant, il faut garder
espoir car les choses avancent. |
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Les
acouphènes sont dus à des causes multiples, il
ne faut pas attendre de traitement unique qui
viendra à bout de tous les acouphènes dun
seul coup. Toutes les pistes doivent être
développées afin de pouvoir aider le plus de
monde possible.
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Actuellement,
il existe des possibilités daide. Plus ou
moins accessibles à lheure actuelle, elles
doivent se développer de plus en plus.
Cest la raison pour laquelle je pense que
les associations ont vraiment un rôle très
important à jouer car cest grâce à elles
que vous pouvez infléchir les choses, par
exemple pour mettre plus de moyens pour la
formation des ORL (pour les audioprothésistes
cest désormais inscrit à leur programme
détudes), pour la création de cliniques
spécialisées et pour la recherche.
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Merci
à tous, merci à SURDI 13 de nous avoir
accueillis. |